Perdu dans l’espace entre Chatonnay et Chélieu
J’ai mal aux jambes, j’en ai marre, je veux rentrer chez moi retrouver mon canapé et mon chat. Je veux de la douceur, je ne veux plus de pluie. Je veux de la chaleur, je ne veux plus d’allergies. J’ai les pieds qui puent, les vêtements crades, des poussées de fièvre pendant la nuit. J’ai mal au dos et à la nuque. Je fais des rêves absurdes où Hillary Clinton joue au football avec Olivier Besancenot et le général Alcazar. Je perds peut-être le sens commun. Alors, je mets un pied devant l’autre et je marche. Parfois sans avancer, comme ce jour où la route forestière est bloquée entre le Til et Saint-Beuil par un champ nous obligeant à faire le tour du bois, un détour de plusieurs km. D’autres fois c’est mieux, comme la montée du col de l’Alpette dans le parc national de la Chartreuse: paysages magiques, calme, son du vent, des ruisseaux et cascades. Alors ces moments-là , contrebalancent les fois où je voudrais rentrer à Saint-Ouen en taxi, envoyer saint Martin au diable et Daniel au bûcher.
Alors que nous étions perdus sous la pluie torrentielle sur la route de Chélieu ( que tout le monde connait naturellement) une voiture prend pitié de notre calvaire et s’arrête. Un homme en sort, son nom est Nicolas. Devant notre état lamentable, il nous propose de venir se réchauffer chez lui et partager un repas chaud en compagnie de son épouse et de son fils. Ce dernier, 5 ans, comprend aussi bien les remontrances de son père, que le langage des signes grâce auquel il communique avec sa mère, mal-entendante. On y était bien au chaud, au sec, à déguster une pizza, des légumes bio, et un thé au Jasmin. On en oublie presque qu’il faudrait repartir, la nuit va bientôt tomber, il faudrait arriver à Chélieu. Nicolas nous remet donc sur la bonne route où l’on trouve un bistrot qui loue des chambres et une douche brûlante sur le palier.
C’est un peu le plaisir masochiste et absurde du randonneur. On avale des kilomètres, on rentre exténué et le plus grand plaisir, c’est de s’avachir sur lit ou dans un fauteuil une fois la torture terminée.
Nicolas
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